L’ACTUALITÉ, UN ENJEU INQUIÉTANT OU NON POUR LES JEUNES?

L’ACTUALITÉ, UN ENJEU INQUIÉTANT OU NON POUR LES JEUNES?

D’après une entrevue avec Manon Lavoie

Nous vivons dans une époque où l’actualité peut ébranler même les adultes. Rien que dans les derniers mois, des mots comme pandémie, menace de 3ème guerre mondiale ou inflation ont brûlé les lèvres des commentateurs de nouvelles. Ces problèmes sont-ils au cœur des préoccupations des jeunes? Quels événements de l’actualité contribuent à les rendre insécures ou anxieux(-ses) face à l’avenir?

L’événement d’actualité les ayant le plus ébranlés est certainement la pandémie, répond d’emblée Manon Lavoie.

Bachelière en travail social et cumulant plus de 25 années d’expérience en intervention scolaire, elle constate une montée fulgurante de l’anxiété au sein de sa clientèle.

Il y a cinq ans, environ le quart de nos interventions concernait l’anxiété. Aujourd’hui, je dirais que ce sont plus des trois quarts, dont la grande majorité découle directement de la pandémie.

Les séquelles observées semblent varier en fonction de l’âge. Les plus jeunes, étant restés(-es) auprès de leurs parents durant le confinement, vivraient maintenant de l’anxiété de séparation à l’école. Les ados, eux, souffrent d’anxiété de performance.

La pandémie a fait en sorte que les acquis académiques nécessaires pour monter d’année n’ont pas été atteints. Plusieurs ados se retrouvent donc en situation d’échec. Ceux qui sont à la fin de l’adolescence vivent de l’insécurité face à des événements de passage à l’âge adulte; le marché du travail ou un choix de carrière devenu moins probable vu la baisse de notes.

Médias et anxiété

À part cette pandémie, les autres mauvaises nouvelles véhiculées par les médias peuvent-elles rendre les jeunes plus anxieux(-ses)? Possible! Mais ce ne sont souvent pas ces nouvelles en elles-mêmes autant que leur proximité qui pourrait causer problème.

Les sources d’anxiété des jeunes peuvent différer, d’abord d’une personne à l’autre mais aussi d’une situation ou même d’un endroit à un autre. Par exemple, en région, on constate que la majorité des jeunes ne parlent pas beaucoup de la guerre qui se déroule présentement en Ukraine. Mais pour des jeunes vivant dans une ville cosmopolite et qui côtoient quotidiennement de nouveaux arrivants, ça pourrait être très différent. Je suis d’ailleurs certaine que si un enfant réfugié(e) de guerre arrivait dans une de nos classes ici, en Abitibi-Témiscamingue, plusieurs élèves se sentiraient alors concernés eux-elles aussi.

Il est en effet important de constater que les principales sources d’anxiété se retrouvent généralement dans l’environnement immédiat du ou de la jeune. Nul besoin d’aller chercher aussi loin qu’une guerre en Europe pour dénicher plusieurs autres facteurs d’anxiété. Souvent, ils nous pendouillent même littéralement sous le nez, en faisant tout simplement partie du quotidien. Si on s’attardait, par exemple, à une phrase aussi banale que ‘’Dépêche-toi!’’, mais en poussant la réflexion un peu plus loin :

  • Qu’est-ce qui presse vraiment tant au juste?
  • Le stress qu’une telle phrase suscite est-il vraiment nécessaire?

Je ne connais pas beaucoup d’adolescents(-es) qui sont complètement indifférents(-es) aux choses importantes qui se passent dans le monde, mais sans que ce soit nécessairement un gros stress. Moi ce qui me stresse, c’est de me faire pousser tout le temps dans le dos. -Malika, 15 ans

Une occasion de grandir

Cependant, pourrait-on penser que certains adolescents(-es), pour qui les nouvelles seraient devenues presqu’une seconde peau, puissent être affectés(-es) par l’actualité? Et s’ils ou elles en éprouvent de l’anxiété, devrait-on alors carrément leur interdire la télé ou débrancher leur ordinateur?

On pourrait surtout les aider en remplaçant la surexposition des images par une discussion honnête de ce qui se passe dans le monde, afin d’en faire des adultes réfléchis(-es) et responsables, rétorque Mme Lavoie.

Car même à travers ces extrêmes, les parents pourraient aider leur enfant à en retirer des valeurs, de l’empathie et une prise de conscience.

Des situations difficiles sont de belles occasions de faire le parallèle entre le monde matériel et ce qui définit vraiment les êtres humains. On peut leur apprendre qu’à travers une guerre, bien des gens qui ont tout perdu matériellement n’ont pas pour autant perdu leur courage. Ou leur rappeler qu’au plus fort de la pandémie, l’important n’était soudainement plus de vouloir se procurer le dernier modèle de cellulaire, mais de revoir un jour les amis(-es) et de retourner à l’école.  Les adolescents(-es) peuvent et doivent comprendre que l’humain est fragile et qu’il est important de se préoccuper des autres. Le but ici n’est pas de générer de l’anxiété mais au contraire de pouvoir les aider à grandir.

À l’école, les profs nous parlent de l’actualité. Ça dédramatise. –Michael, 14 ans

Pour les parents qui croient les images des médias trop brutales, il est possible d’orienter leur jeune vers des ressources d’actualité mieux adaptées à ses besoins. La section MAJ du site de Radio-Canada est un exemple parmi tant d’autres. Elle offre une approche dynamique et simplifiée des nouvelles et parfois même une dose d’humour quand le sujet s’y prête. Les adultes sont également invités(-es) à télécharger certains jeux concernant l’actualité, à découvrir en famille ou en classe.

Miser sur les forces du jeune

Chose certaine cependant, que l’anxiété soit vécue à cause d’un exposé oral, d’une première peine d’amour, d’un plan de carrière incertain ou des atrocités d’une guerre d’ailleurs, la douleur reste tout aussi intense chez celui ou celle qui la ressent. Parfois, elle est si incapacitante qu’une médication s’impose.

La première chose que je dis à un jeune qui entre dans mon bureau, c’est que si quelqu’un prétend pouvoir le guérir de l’anxiété, il lui ment.  Par contre, il peut apprendre à la gérer. -Manon Lavoie

Peu importe la situation, c’est alors sur les forces du ou de la jeune qu’il faut miser. Il ou elle doit apprendre à se connaître suffisamment pour amener des solutions à partir de ce qu’il ou elle possède déjà intérieurement:

  • Une grande sensibilité? Bravo! Ça peut servir d’empathie.
  • Sa vive intelligence? Une manière de pouvoir penser autrement pour parvenir à se calmer.

L’objectif étant, bien sûr, qu’il ou elle regagne plein contrôle sur son anxiété.

Parce que l’inverse ne devrait plus jamais être une option…

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