Nouvelle - 03 novembre 2017

L'émouvant témoignage de Benjamin, sur la dépression

Découvrez, ou revivez le touchant témoignage de Benjamin, animateur au programme Solidaires pour la santé mentale* ; un témoignage plein de vérité sur la dépression, mais aussi plein d'espoir, délivré à l'occasion de la 15ème édition du Gala Accroche-Cœur. 

" Quand j’étais adolescent, on m’a dit que les vrais héros c’était ceux qui, même quand ils étaient tristes, avaient la capacité de faire semblant et de sourire. Moi, je sentais que ça ne marchait pas, parce que j’étais toujours triste et que derrière chaque sourire il y avait une montagne à soulever. Pourtant, j’ai intégré cette philosophie et j’ai commencé à me servir de masques et de personnalités qui n’étaient pas les miennes pour mieux fitter avec les autres.

À cet âge là, souvent, tu sens que t’es invincible, que tu peux tout faire. Alors tu accumules la poussière sur le tapis sans t’en rendre compte. Jusqu’au jour ou tu deviens un adulte. Là, tu secoues le tapis et la poussière vole dans les airs. Tu vois plus rien. Tu n’es plus capable de fonctionner et plus le temps passe, moins tu trouves ça normal. Alors, moi, je suis allé voir le médecin. Il m’a parlé de dépression. On te pitche des noms de médicaments ; citalopram, abilfy, seroquel et puis sur le coup tu penses que c’est ça qui va te sauver et que ce sera suffisant.

Au bout d’un moment je croyais aller mieux, alors j’ai décidé d’arrêter de prendre ma médication et puis j’ai commencé à mélanger la drogue et l’alcool au mix. Je ne voyais plus clair, j’entendais des voix, je ne pouvais plus penser, j’étais dans un état de panique perpétuel. Alors je suis allé voir le psychiatre et j’ai reçu mon diagnostique de trouble de la personnalité limite.

Et puis un soir tout à failli s’arrêter. Je voulais en finir. C’était l’ambulance, l’hôpital, les médecins, les lumières aveuglantes et les bruits incessants. Avec du recul je crois avoir assisté, première rangée, au spectacle le plus morbide et noir que l’expérience humaine avait pu m’offrir jusqu’à présent.

En me réveillant, j’avais des amis autours de moi. J’ai fini par prendre l’aide qu’ils m’offraient depuis longtemps mais que je refusais de voir. J’ai débuté une thérapie, je me suis activé, j’ai travaillé sur moi-même. J’ai commencé à voir le bout. Éventuellement, j’ai commencé à comprendre que je m’en sortais pour vrai.

Maintenant, je suis animateur à la fondation Jeunes en tête pour le programme Solidaire pour la santé mentale. Ce qui est vraiment formidable avec ça, c’est que je peux redonner aux autres. Pis en même temps, quand on donne cette information là aux jeunes, y’a des chances qu’ils vivent pas la même chose que moi. En même temps, c’est l’occasion pour moi de mettre la dépression derrière moi parce que je suis motivé et j’ai un but.

La dépression est une menteuse avec laquelle on se lit d’amitié ; on a plus d’autres repères. Elle se nourrit de notre inaction et de nos incertitudes. Et c’est à nous tous de la combattre, en mettant fin au stigma, pour que plus jamais un jeune croit qu’il doit faire à semblant pour être un humain valide, car les vrais héros sont ceux continuent chaque jour, malgré la souffrance, à grandir et à vouloir faire du monde une meilleur place.

Merci de m’avoir écouté et merci d’être là. Vous contribuez, par votre présence, à ce changement."

 

Benjamin, 23 ans, animateur au programme Solidaires pour la santé mentale de la Fondation Jeunes en Tête

 

 

*Programme de sensibilisation à la dépression offert gratuitement dans les écoles de Québec.